La hausse des prix poursuit sa descente

La hausse des prix poursuit sa descente

Capital / travail
Kevin Boucaud
Vendredi, 12 Septembre, 2014
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En août, la hausse est au plus bas depuis la sortie de la récession en 2009, confirmant le risque déflationniste. Comble de l’histoire, le peu d’inflation est avant tout ressenti par les ménages les plus modestes.

Sur le front de l’inflation, les mois se ressemblent ou presque. Comme chaque mois, la sortie, ce jeudi, par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), des chiffres des prix des biens à la consommation du mois d’août a été mauvaise. Mais cette fois-ci, l’Insee a en plus publié 5 séries d’indices des prix par catégories de ménages calculées pour la période allant de 1998 et 2013. Ceux-ci éclairent un peu mieux pourquoi nombre de ménages, surtout les plus modestes, estiment que le chiffre officiel de l’inflation ne correspond pas à ce qu’ils vivent. Nous pouvons retenir notamment que la hausse des prix a été plus forte en moyenne depuis 1998 pour les ménages les plus défavorisés (+ 1,72 % par an pour les 10 % les plus pauvres, contre + 1,49 % pour les plus riches), pour les locataires, pour les familles avec deux enfants ou plus et pour les familles monoparentales.

Un taux d’inflation annuel de + 0,4 %

De leur côté, les prix à la consommation du mois d’août ne sont pas de nature à rassurer le gouvernement. Ces derniers n’ont augmenté que de 0,1 % sur le mois, ce qui représente un taux d’inflation annuel de + 0,4 % (contre + 0,5 % en juillet), un plus-bas depuis novembre 2009, en pleine sortie de récession. Le danger déflationniste pointé du doigt depuis de nombreux mois semble se rapprocher. Le risque est celui d’une contraction généralisée des prix à la consommation qui provoquerait une hausse des taux d’intérêt réels – définis comme étant les taux d’intérêt moins le taux d’inflation. Les entreprises en situation de surendettement réagiront alors en diminuant les salaires et l’investissement. L’économie serait donc prise dans une spirale négative comparable à celle de la grande dépression des années 1930 qui a suivi la crise de 1929, ou encore ce que les économistes nomment « la décennie perdue » au Japon, durant les années 1990. Certes, pour le moment nous n’en sommes pas là, car les prix ne se replient pas, mais leur ralentissement provoqué par la situation économique morose et le manque d’allant de l’activité économique constituent de mauvais signaux. De plus, la dernière enquête de conjoncture de l’Insee, publiée le mois dernier, révèle que les ménages sont de plus en plus nombreux à anticiper une nouvelle baisse de l’inflation. Les anticipations sont cependant cruciales, car ce sont elles qui aggravent la situation. Si les ménages anticipent un repli des prix, leur première réaction sera de reporter leurs achats et leurs investissements, espérant ainsi économiser de l’argent. Cette situation, entraînant une baisse de la demande, provoque la baisse des prix effective : nous sommes dans un cas de prophétie autoréalisatrice. Dans le détail, le mois d’août, comme le précédent, est avant tout marqué par des variations saisonnières. Nous pouvons noter, par exemple, que la fin des soldes a provoqué une remontée des prix des produits manufacturés (+ 1,9 %) et de l’habillement (+ 10,6 %). Sur les douze derniers mois, l’inflation est avant tout tirée vers le bas par les contractions des prix dans l’alimentation (- 1,5 %), dans l’énergie (- 1,5 %) et dans l’industrie manufacturière (- 0,5 %). L’inflation sous-jacente, c’est-à-dire privée des tarifs publics et des produits à prix volatils (énergie et alimentation principalement), plus représentative des tendances de fond, s’établit elle aussi à un niveau très faible (+ 0,4 % sur un an). Éviter la déflation ne sera décidément pas chose facile.

 
Dans votre quotidien du 12 septembre 2014
Un peuple de gauche blessé mais pas du tout résigné

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